Les jetons numériques et leurs subdivisions

Les jetons numériques sont les unités de compte que s’échangent les utilisateurs des protocoles de transfert de valeur comme Bitcoin et Ethereum. Pour Bitcoin, le protocole (ensemble de règles informatiques) et le jeton (unité de compte) portent le même nom. Pour faire la distinction, une convention consiste à écrire le nom du protocole en majuscules sans utiliser de déterminant et le nom du jeton en minuscules : ainsi on parle de Bitcoin pour désigner le protocole et du bitcoin pour se référer au jeton.

Cet état des choses est reproduit pour certaines autres protocoles cryptomonétaires comme Litecoin, Dash ou Monero. Cependant, ce n’est pas le cas de tous les protocoles. Par exemple, le jeton principal d’Ethereum n’est pas l’ethereum comme certains l’appellent parfois, mais l’éther (ou ether). Ce nom fait référence à l’hypothétique substance physique invisible permettant à la lumière de se propager dans l’univers.

Les jetons possèdent des également des sigles boursiers (en général des ensembles de 3 lettres majuscules), qui sont très utilisés dans les portefeuilles et sur les plateformes d’échange. Le sigle historique du bitcoin est BTC. Néanmoins, il arrive à certaines places de marché d’utiliser la notation XBT, qui est conforme à la norme ISO 4217 : le X indique que la monnaie n’est liée à aucune nation, et le BT désigne le bitcoin. D’autres cryptomonnaies utilisent cette norme comme le monero (XMR) ou le lumen (XLM).

Pour des raisons pratiques, la plupart des jetons numériques sont hautement divisibles. En effet, si ces jetons doivent servir d’intermédiaire dans les échanges de biens ou de services, il est nécessaire qu’il y ait beaucoup de chiffres après la virgule afin d’estimer la valeur des choses de la façon la plus précise possible.

Un bitcoin peut être divisé en 100 000 000 unités, soit une présence de 8 chiffres après la virgule. Ces unités, qui sont indivisibles, sont appelées des satoshis en hommage au créateur de Bitcoin, Satoshi Nakamoto. Pour le dire plus mathématiquement :

1 satoshi = 10-8 bitcoin
          = 0.00000001 bitcoin

D’ailleurs, les différentes implémentations logicielles du protocole utilisent uniquement les satoshis pour exprimer les montants de l’unité de compte : le jeton bitcoin n’est qu’une pure vision de l’esprit.

D’autres sous-unités intermédiaires du bitcoin existent. La valeur du bitcoin, qui était de 1€ début 2011, a rapidement explosé pour valoir plusieurs milliers d’euros en 2018 : c’est pour cela qu’il a fallu trouver d’autres dénominations. Il est laborieux de parler en fraction de bitcoin : on se voit mal dire à quelqu’un « Tu me dois 0.000855 bitcoins. » Pour l’instant, nous nous basons sur la monnaie fiat lorsque nous procédons à une transaction : « Donne-moi 5€ en bitcoins. » Cependant, si le bitcoin (ou un autre jeton) devait devenir une véritable monnaie possédant une valeur stable et étant mondialement acceptée, il serait nécessaire de nommer ses subdivisions pour les utiliser dans le langage courant.

Le millibitcoin (correspondant 0.001 bitcoins) est régulièrement utilisé. Il est symbolisé par mBTC (ou mBCH dans le cas de Bitcoin Cash). Une autre subdivision qui pourrait être utile à l’avenir est le microbitcoin et est appelé bit (« morceau » en anglais). Cette subdivision a l’avantage de préserver le système unité-centime utilisé par le dollar et l’euro, puisque qu’un bit vaut 100 satoshis. Néanmoins, ce nom est susceptible de poser un problème dans la communauté francophone, car il est homophone à l’un des mots désignant l’appareil génital masculin. Une autre solution, utilisée actuellement par les tradeurs d’altcoins, serait de parler uniquement en satoshis.

Un problème souvent évoqué est la trop petite divisibilité du bitcoin. Si sa valeur venait à augmenter de plusieurs ordres de grandeur, pour atteindre par exemple le million d’euros, l’indivisibilité des satoshis poseraient un problème certain : il serait impossible d’envoyer un montant inférieur à 1 centime d’euro. Pire : il serait impossible de payer des frais de transactions sous le centime. Cependant, ce problème est un faux-problème et il est possible d’accroître la divisibilité du bitcoin en modifiant le protocole par un hard fork. Le Lightning Network gère d’ailleurs déjà les montants strictement inférieurs au satoshi.

 

Une grande quantité de variantes de divisibilité existent dans le domaine des cryptomonnaies. Certains jetons sont assez rares mais plus divisibles que les autres comme le monero (12 chiffres après la virgule) et l’éther (18 chiffres après la virgule !) D’autres existent en nombre plus élevé et ont besoin de moins de divisibilité comme le ripple, le tronix (6 chiffres après la virgule) ou encore le steem (3 chiffres après la virgule) ; voire pas de divisibilité du tout comme le iota avec ses 2.78 billiards d’unités (2.78 × 1015 iotas). Il y aussi le neo, qui est une action n’ayant pas vocation à servir de moyen d’échange, et qui est par conséquent indivisible malgré une valeur élevée.

J’ai regroupé quelques caractéristiques des principaux jetons numériques du marché dans un tableau ci-dessous. Ils sont classés par ordre de capitalisation boursière, à la date du 19/06/2018, selon le site CoinMarketCap. Ce tableau indique pour chaque jeton : le nom du protocole, le nom du jeton (et son sigle), le nom de la plus petite unité, ainsi qu’une description concise de ces noms.

Protocole Jeton Plus petite unité Commentaire
Bitcoin bitcoin (BTC) satoshi : 10-8 BTC Le nom bitcoin provient de l’anglais bit (« unité d’information binaire ») et coin (« pièce de monnaie »). Le satoshi est un hommage à son concepteur, Satoshi Nakamoto.
Ethereum éther (ETH) wei : 10-18 ETH Le nom d’éther fait référence à l’hypothétique substance physique invisible permettant à la lumière de se propager dans l’univers. Le wei se réfère à Wei Dai, le crypto-anarchiste qui a inventé la b-money, un système antérieur à Bitcoin.
Ripple ripple ou ripple credit (XRP) drop : 10-6 XRP En anglais, ripple est une ondulation, et drop une goutte.
Bitcoin Cash bitcoin (cash) (BCH) satoshi : 10-8 BCH Se réclamant de la vision originelle de Satoshi (a peer-to-peer electronic cash system), la communauté de Bitcoin Cash utilise les mêmes dénominations que Bitcoin pour désigner ses unités.
EOS éos (EOS) ? Le nom EOS est sujet à interprétation. Dans la mythologie grecque, Éos est une déesse de l’Aurore. EOS peut également être l’acronyme de Earth Operating System ou de Ethereum On Steroids.
Litecoin litecoin (LTC) litoshi : 10-8 LTC Litecoin se calque sur Bitcoin pour nommer ses unités en utilisant le préfixe lite (déformation de light, « léger »).
Stellar lumen (XLM) stroop : 10-7 XLM Le mot stellar se rapport au voyage stellaire. Le lumen est une unité de mesure du flux lumineux en physique. Le stroop fait référence à la mascotte de Stellar, Stroopy.
Cardano ada (ADA) lovelace : 10-8 ADA Cardano est le nom italien du mathématicien du XVIème siècle Jérôme Cardan. Les noms des unités sont des références directes à Ada Lovelace, une mathématicienne du XIXème siècle qui était une pionnière de l’informatique.
IOTA iota (IOTA) iota (non divisible) Le mot iota signifie « petite quantité négligeable ». Le prix donné pour le jeton est souvent celui du MIOTA (1 000 000 iotas).
TRON tronix (TRX) sun : 10-6 TRX Le sun est une référence à Justin Sun, le fondateur de TRON.
NEO neo (NEO) neo (non divisible) Anciennement baptisé Antshares, le neo est une sorte d’action (share) rapportant des dividendes à ses possesseurs.
Dash dash (DASH) duff : 10-8 DASH « Dash » est un mot valise signifiant « argent liquide numérique » (digital cash). Le duff fait référence au créateur de Dash, Evan Duffield.
Monero monero (XMR) piconero : 10-12 XMR « Monero » signifie monnaie en esperanto. Le piconero est une contraction du préfixe pico- (10-12) et de monero.

 

Merci d’avoir lu cet article.


Références

Divisibility extension
https://bitcoin.org/en/glossary/denominations
https://forum.ethereum.org/discussion/655/so-where-did-the-name-ethereum-come-from
https://wiki.ripple.com/Ripple_credits
https://fr.wikipedia.org/wiki/Litecoin
https://www.stellar.org/developers/guides/concepts/assets.html
https://cardanodocs.com/glossary/
https://tron-wiki.readthedocs.io/en/future/Glossary.html
https://getmonero.org/resources/moneropedia/denominations.html

Crypto-enthousiaste et amateur de gros blocs.

2 Responses

  • Maxence

    Très bon article merci ! Je souhaiterais juste préciser que NEO est un projet qui a pour particularité d’avoir deux types de jetons : NEO et GAS. NEO serait l’équivalent d’une action d’entreprise rapportant des dividendes à son propriétaire (en GAS) tandis que le GAS serait l’équivalent de la monnaie. Le GAS est divisible et est amené à être utilisé dans les transactions.

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    • Merci !
      Oui j’aurais pu parler du GAS (qui était appelé antcoin avant le rebranding en 2017) mais je voulais faire concis. D’autant plus qu’il y a aussi du gas dans Ethereum, ce qui n’aide pas à la compréhension.

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