Pourquoi j’aime Bitcoin Cash

J’ai découvert Bitcoin lors de l’année 2013, et ce serait mentir de dire que cela n’a pas changé ma vie. Ma compréhension de ce système complexe a été longue et ardue, douloureuse parfois, mais surtout incroyablement enrichissante. Avec l’existence de Bitcoin, j’ai su qu’il était possible de construire un avenir meilleur et que le lent glissement de l’humanité dans la servitude n’était pas une fatalité. En donnant à chacun un accès facile à la propriété de son argent, la cryptomonnaie offrait ce que des décennies de disputes politiques n’avaient pas pu donner : la possibilité d’une liberté monétaire.

Au cours de l’été 2017, un nouveau Bitcoin est apparu : Bitcoin Cash. Nommé comme ceci pour insister sur son rôle d’argent liquide, il s’agissait d’une branche de Bitcoin qui en reprenait le fonctionnement de base mais qui en augmentait la capacité transactionnelle. Cette arrivée sur le marché a attiré mon attention : je possédais des bitcoins (BTC) à l’époque et me suis retrouvé de facto propriétaire du même montant de bitcoins cash (BCH). Puisque je m’intéressais alors déjà aux cryptomonnaies alternatives, je ne trouvais pas surprenant que certaines personnes veuillent créer un nouveau système qui ne subissait pas les congestions régulières rencontrées à cette époque par Bitcoin. Cependant, j’étais persuadé à l’époque qu’un accroissement significatif de la capacité transactionnelle de Bitcoin aurait également lieu, que ses problèmes de scalabilité disparaîtraient, et j’en déduisais que Bitcoin Cash n’avait donc pas beaucoup d’intérêt. Ce n’est qu’après l’annulation de SegWit2X en novembre 2017, et le refus catégorique de la communauté de Bitcoin de procéder à cette augmentation, que j’ai saisi toute la pertinence de ce projet.

Dès sa création, Bitcoin Cash a suscité la polémique au sein du monde de la cryptomonnaie. Puisqu’il partageait avec son grand frère le même fonctionnement, le même historique de transactions et les mêmes codes culturels (dont le nom « Bitcoin »), certains voyaient dans l’apparition de cette cryptomonnaie une tentative de remplacer Bitcoin. Parfois appelé « Bcash » par ses détracteurs, Bitcoin Cash représentait pour eux une imposture, une attaque contre « le vrai Bitcoin ».

Aujourd’hui encore, Bitcoin Cash fait l’objet de débats passionnés et divise les crypto-enthousiastes. Dans la communauté francophone en particulier, il est ignoré, méprisé et considéré par beaucoup comme un énième protocole de cryptomonnaie n’ayant pas beaucoup d’utilité, ou pire, comme une arnaque. De fait, de nombreuses personnes ne comprennent pas pourquoi j’apprécie Bitcoin Cash, et c’est ce je vais tenter d’expliquer dans ce long article.

 

Qu’est-ce que Bitcoin Cash ?

Tout comme Bitcoin, Bitcoin Cash est un protocole de transfert de valeur numérique sur Internet. Il est tout à fait ouvert et ne nécessite aucune permission, de telle sorte qu’il permet théoriquement à quiconque d’envoyer des fonds à une autre personne, à n’importe quel endroit et à n’importe quel moment, de manière simple, fiable, rapide et peu coûteuse. Cela se fait par le biais d’une unité de compte propre, appelée le bitcoin cash et dont le sigle boursier est BCH.

Le fonctionnement de Bitcoin Cash est sensiblement la même que celui de Bitcoin. Il se base sur un réseau pair-à-pair sur lequel est partagé un grand registre public où sont enregistrées toutes les transactions depuis le 3 janvier 2009, registre qu’on appelle communément « chaîne de blocs » ou « blockchain ». La viabilité du système est assurée par la dépense énergétique des mineurs, qui sont récompensés pour cela par la création monétaire de nouveaux BCH et par les frais payés par les transactions traitées : il s’agit donc essentiellement d’un système économique qui repose sur la recherche du profit de ces mineurs.

Du côté des idées, la communauté de Bitcoin Cash possède à peu près les mêmes fondements idéologiques que celle de Bitcoin. Tout d’abord, on retrouve une même conviction libérale parmi les membres de la communauté, notamment par la volonté de réduire l’intervention des États dans la vie des individus, et par la défense de la liberté monétaire décrite par l’école autrichienne d’économie. Cette conviction fait que la politique monétaire du bitcoin cash reste, tout comme celle du bitcoin, déflationniste : la création monétaire est réduite de moitié tous les 4 ans (« halvings ») de telle sorte qu’il ne devrait (a priori) jamais exister plus de 21 millions de BCH. Ensuite, la communauté de Bitcoin est très attachée à la liberté d’expression (bien comprise) et aux valeurs libristes véhiculées par le logiciel libre , notammment par son opposition aux brevets. Enfin, à l’instar de Bitcoin, le camp Bitcoin Cash met à l’honneur les méthodes d’action crypto-anarchistes et agoristes comme des moyens permettant aux individus de protéger leur liberté et leur confidentialité, choses qui sont aujourd’hui de plus en plus remises en cause par nos dirigeants.

Cependant, malgré tous ces points communs, les communautés de Bitcoin et de Bitcoin Cash ont leurs désaccords qui font que nous avons deux cryptomonnaies rivales. En effet, la cause de la divergence entre les deux communautés ne se situe pas au niveau de l’idéal poursuivi, et il faut chercher ailleurs pour comprendre ce qui les sépare.

 

Pourquoi est-il apparu ?

La création de Bitcoin Cash est issue de ce qu’on appelle un embranchement de la chaîne de blocs de Bitcoin. Le 1er août 2017, la chaîne de blocs de Bitcoin s’est séparée en deux chaînes distinctes, chacune étant partagé sur son réseau de nœuds propre : celle de Bitcoin (BTC), la chaîne majoritaire en terme de puissance de calcul, et celle de Bitcoin Cash, la chaîne minoritaire. Bitcoin Cash intégrait notamment une « taille limite des blocs » de 8 Mo, ce qui le rendait incompatible avec Bitcoin.

 

Bitcoin Cash hard fork embranchement bloc 478559
L’embranchement de la chaîne de Bitcoin créant deux chaînes distinctes : Bitcoin (BTC) et Bitcoin Cash (BCH)

 

Pourquoi procéder à une telle mesure ? À cette époque, la communauté était rongée de l’intérieur par un débat virulent sur la manière dont Bitcoin devait passer à l’échelle, débat appelé par la suite le débat sur la scalabilité de Bitcoin. La capacité transactionnelle de la chaîne était alors restreinte par une taille limite des blocs de 1 Mo fixée arbitrairement par le protocole. Jusqu’en 2016, cela n’avait pas posé problème puisque la nombre de transaction était suffisamment faible pour ne pas trop impacter le fonctionnement de Bitcoin. Mais en 2017, les blocs se sont mis à atteindre régulièrement cette taille limite, ce qui avait pour conséquence fâcheuses de réduire la facilité d’utilisation de Bitcoin. Par effet d’enchère, les frais pour voir sa transaction être confirmée (c’est-à-dire être incluse dans un bloc) devenaient non négligeables : pendant une période de congestion, un individu avait le choix entre payer le prix (souvent quelques euros), ou ne pas le faire et attendre un certain temps (parfois des jours). Ainsi, le bitcoin ne pouvait plus servir correctement d’intermédiaire d’échange.

Deux visions s’opposaient quant à la manière dont il fallait résoudre ce problème :

  • L’une considérait que la capacité de Bitcoin devait rester limitée, et que le protocole de base devait devenir principalement un protocole de règlement de litiges (settlement layer) servant de base à des protocoles de surcouche comme le réseau Lightning (« LNP/BP ») ou les chaînes latérales. D’après ce point de vue, les blocs devaient rester petits pour garantir une décentralisation maximale du réseau, ce qui aurait pour conséquence d’amener les frais moyens à augmenter drastiquement en cas de popularisation du bitcoin. Il s’agit aujourd’hui de la vision de Bitcoin (BTC), ce qui explique son intégration de SegWit (qui facilite de déploiement de Lightning) et de Replace-by-Fee (RBF).
  • L’autre vision considérait que Bitcoin devait principalement rester un protocole de paiement (payment layer) tel qu’il l’avait toujours été jusque là, et passer à l’échelle par l’augmentation progressive de la taille limite des blocs. Selon cette perspective, le protocole devait être modifié et optimisé pour s’adapter à la demande, il fallait que les frais restent faibles et que les transactions puissent être rapidement acceptées. Il s’agit actuellement de la vision de Bitcoin Cash (BCH), ce qui explique son refus d’implémenter SegWit (qui n’est pas optimisée pour les gros blocs) et d’autoriser RBF (qui détruit partiellement la confiance qu’on peut avoir dans les transactions non confirmées).

On dénote une tentative de compromis qui comportait l’activation de SegWit couplée au doublement de la taille limite des blocs, tentative qu’on a par la suite nommée « SegWit2X ». Cette proposition a, à deux reprises, fait l’objet d’un accord signé par des acteurs majeurs de l’industrie : le premier était l’accord de Hong Kong du 20 juin 2016, qui a notamment été signé par les principaux développeurs de Bitcoin Core ; le second était le désormais célèbre accord de New York qui s’est fait en l’absence de Bitcoin Core le 23 mai 2017. La mise à niveau SegWit a finalement été activée sur Bitcoin le 24 août 2017, mais la deuxième partie du compromis (2X) ne s’est jamais réalisée.

Bitcoin Cash constituait donc, et l’histoire lui a donné raison, un plan de secours. En effet, au cours du printemps 2017, la pression pour activer SegWit était forte : outre l’accord de New York, une mesure appelée User Activated Soft Fork (UASF) était soutenue par une minorité d’individus et menaçait d’appliquer SegWit par le biais du BIP148, malgré le désaccord des mineurs. C’est ainsi qu’un plan alternatif est né : appelé User Activated Hard Fork (UAHF), celui-ci devait s’activer le même jour que l’UASF, le 1er août, pour préserver une version de Bitcoin sans SegWit. L’activation de SegWit a finalement été enclenchée le 21 juillet par le signalement des mineurs suivant le BIP91, et l’UASF n’a jamais été mis en application. Néanmoins, puisque tout indiquait que les développeurs de Bitcoin Core refuseraient de doubler la taille limite des blocs de base, l’UAHF a lui bien eu lieu, et a conduit à la création de Bitcoin Cash.

L’UAHF s’est fait avec le soutien des mineurs chinois qui considéraient que le passage à l’échelle sur la chaîne était économiquement plus profitable pour eux1. Bitmain, le constructeur d’ASIC à la tête des deux coopératives minières Antpool et BTC.com, s’est impliqué directement en annonçant publiquement la mise en place de ce plan et en finançant le développement de l’implémentation logicielle en charge de l’embranchement. Deux développeurs, Amaury Séchet et freetrader, avaient déjà pour projet de conserver un protocole sans SegWit, et ont mis sur pied le logiciel dans ce but : c’est ainsi qu’est née l’implémentation Bitcoin ABC. L’embranchement a finalement eu lieu le 1er août à 18:12 UTC grâce à l’aide de la coopérative de minage ViaBTC2 qui a miné le premier bloc de Bitcoin Cash en l’espace de cinq heures.

Bitcoin Cash est donc le produit direct de la gouvernance décentralisée de Bitcoin. Les deux camps du débat sur la scalabilité n’ont jamais pu se mettre d’accord sur la route à prendre, et s’est soldé par une séparation : le premier protocole, majoritaire économiquement, a pu conserver le nom de Bitcoin ainsi que son effet de réseau ; l’autre, minoritaire, a pris le nouveau nom de Bitcoin Cash et a dû se recontruire à partir de là.

 

Principaux forks de Bitcoin

 

 

Une culture unique

Comme beaucoup d’autres, c’est à la suite de l’échec de SegWit2X, et du refus catégorique de Bitcoin Core de procéder à un hard fork pour augmenter significativement la taille des blocs, que je me suis rendu compte de la pertinence de Bitcoin Cash. Cependant, ce ne sont pas les caractéristiques techniques choisies qui m’ont fait aimer Bitcoin, mais l’état d’esprit de sa communauté.

Comme on le sait, la valeur d’une monnaie est fondée sur la confiance que les individus lui portent, et il est par conséquent tout à fait naturel que la dimension culturelle (pour ne pas dire religieuse) soit importante dans le milieu des cryptomonnaies. En effet, c’est cette dimension qui donne à une cryptomonnaie sa force : chaque communauté possède un certain nombre de croyances qui la définit, chaque membre agit selon ces valeurs pré-établies et c’est sur cette base que va se construire l’effet de réseau et la valeur de la cryptomonnaie en question. Évidemment, Bitcoin Cash ne déroge pas à la règle, et il convient donc de regarder ce qui fait de lui quelque chose d’unique.

Ce qui distingue la communauté de Bitcoin Cash d’autres communautés comme celle de Bitcoin et celle d’Ethereum par exemple, c’est la force de la narration autour du paiement et de la facilité de transaction, comme il est indiqué dans le livre blanc : « Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System ». En effet, Bitcoin Cash met à l’honneur le fait que la plupart des utilisateurs n’ont ni le besoin, ni l’envie d’utiliser un nœud complet, et que la démocratisation de la cryptomonnaie passera par l’intermédiaire des portefeuilles légers comme BRD ou Electron Cash, qui permettent d’effectuer des paiements depuis un smartphone. À ce titre, il existe même un service non custodial appelé Cointext qui permet d’envoyer du BCH par SMS.

C’est pour cette raison que Bitcoin Cash m’est sympathique. En effet, sa culture entière est bâtie autour de cette idée que le bitcoin a été conçu pour être dépensé et que c’est comme cela qu’il acquiert sa valeur. Chaque membre de la communauté est incité à dépenser ses bitcoins et à les remplacer (« spend & replace ») plutôt qu’à simplement les accumuler et les conserver. Chaque personne se doit de participer aux fondations de la nouvelle économie pair-à-pair en utilisant Bitcoin Cash dès qu’il doit payer pour quelque chose. Chacun est encouragé à faire des dons aux différents projets de la communauté comme EatBCH ou CashShuffle, peu importe la valeur de son don. Et enfin, le fait d’essayer de convaincre des commerçants d’accepter la cryptomonnaie pour amorcer l’adoption est hautement valorisé.

On ne peut donc que constater que la communauté de Bitcoin Cash embrasse pleinement la narration du moyen, et qu’elle s’oppose en bloc à la narration opposée selon laquelle le bitcoin devrait être une réserve de valeur avant toute chose, narration qui prend une place assez grande au sein de la communauté de Bitcoin-BTC. Qu’on ne se méprenne pas : de manière générale, les deux communautés poursuivent l’idéal d’une monnaie servant à la fois de moyen de paiement et de réserve de valeur. Cependant, il existe une différence au niveau de quelle fonction est privilégiée par rapport à l’autre. Ainsi, d’un côté, la communauté de Bitcoin va mettre l’accent sur l’aspect « réserve de valeur » du bitcoin, pensant que cette fonction doit être protégée, quitte à négliger dans un premier temps la facilité de transaction. De l’autre côté, la communauté de Bitcoin Cash va insister sur le rôle d’intermédiaire d’échange, présumant que cette fonction est primordiale, quitte à négliger dans un premier temps la stabilité du protocole et sa résistance à la censure. La différence est subtile mais explique bien les méthodes de scalabilité choisies par les deux camps.

Bitcoin Cash est donc l’archétype du progressisme et de la prise de risque : au lieu de s’enfermer dans une fausse sécurité, il cherche à s’adapter au mieux à la potentielle demande du grand public, notamment en intégrant les innovations produites par l’écosystème. C’est dans ce but qu’ont lieu tous les six mois des mises à niveau planifiées du protocole, même si les modifications apportées sont accessoires : il faut habituer l’écosystème au changement et le rythme, bien qu’il soit agressif, a le mérite d’être régulier.

Un autre aspect culturel important dans la communauté est le sentiment que Bitcoin Cash est la continuation du projet originel entrepris par Satoshi Nakamoto, qui estimait effectivement que le passage à l’échelle devait se faire sur la chaîne, par l’augmentation progressive de la taille des blocs3. C’est de là qu’est né le culte de la « vision de Satoshi », qui a mené plus tard à la création de Bitcoin SV, une version de Bitcoin suivant à la lettre une certaine interprétation des paroles de Satoshi. Cependant, quand bien même Bitcoin Cash suivrait globalement la volonté du créateur, cet élément sert trop souvent d’argument d’autorité : quelque chose n’est pas vrai juste parce que Satoshi l’a déclaré, bien que ses écrits soit remplis de sagesse. Du reste, il faut remarquer sur Bitcoin Cash s’est lui aussi éloigné de cette supposée vision, par exemple par la protection contre la réorganisation profonde ou les implémentations multiples.

De cette impression de continuation découle aussi un ressentiment envers Bitcoin Core, qui a sciemment modifié le concept initial de Bitcoin pour en faire un protocole de règlement de litiges, sur lequel se baseraient diverses surcouches comme le réseau Lightning. Ce ressentiment se nourrit notamment de la campagne de censure massive sur le subreddit r/Bitcoin et sur Bitcointalk qui a accompagné ce changement de direction et qui continue d’êtré évoquée aujourd’hui comme l’une des raisons de l’impopularité de l’augmentation de la taille des blocs. Certains membres de la communauté vont même jusqu’à considérer comme plausible la théorie du complot selon laquelle l’entreprise Blockstream aurait recruté les principaux développeurs de Bitcoin Core dans le but de détruire l’utilité de la chaîne (« Block the stream! ») et d’entraver l’adoption de Bitcoin, et que les agences gouvernementales ne seraient pas étrangères à cette instrumentation. Bien qu’il soit logique d’imaginer que les gouvernements contrôlent des agents infiltrés dans Bitcoin, cette théorie me semble hautement exagérée. Je pense également que la communauté de Bitcoin Cash gagnerait beaucoup à ne plus ressasser continuellement la frustration de s’être fait voler le titre de « vrai Bitcoin ». Elle est en effet bien plus accueillante quand elle met simplement en valeur à quoi sert Bitcoin Cash et pourquoi il a toute sa pertinence.

 

Les forces de Bitcoin Cash…

Ainsi, Bitcoin Cash possède une culture unique, et il tire des forces évidentes de cette culture. Comme Bitcoin, Bitcoin Cash vise à être une monnaie numérique résistante à la censure et à l’inflation, bien que les moyens pour arriver ne soient pas les mêmes. Mais contrairement à Bitcoin, Bitcoin Cash n’est pas figé, ossifié comme l’est Bitcoin, et peut donc s’améliorer et intégrer de nouvelles fonctionnalités. Bitcoin Cash n’a pas vocation à changer sans cesse pour l’éternité, mais c’est l’objectif sur le moyen terme.

Afin d’éviter les revirements trop brutaux, les développeurs de Bitcoin Cash ont mis au point une feuille de route claire incluant les évolutions prévues. Celle-ci permet à tout le monde de savoir à quoi s’en tenir dans les grandes lignes. La voici :

 

Feuille de route de Bitcoin Cash 2020

 

Parmi les améliorations du protocole qui ont déjà été réalisées, on retrouve :

  • Un nouveau format d’adresse (CashAddr) pour faire la différence entre les adresse de BTC et celles de BCH.
  • Une augmentation de la taille des données incriptibles par OP_RETURN, ce qui permet l’écriture de messages arbitraires sur le chaîne et l’émergence de réseaux sociaux réputés incensurables comme Memo.
  • Une extensibilité des contrats autonomes grâce à des codes opération supplémentaires, dont OP_CHECKDATASIG qui rend possible les oracles et les engagements (covenants) sur les données en jeu.
  • Les signatures de Schnorr copiées sur les signatures développées sur BTC. Il n’est pas impossible que Taproot soit aussi implémenté à l’avenir.
  • Un ordre canonique des transactions (CTOR) au sein des blocs, améliorant la scalabilité sur le long terme.

Mais le progrès ne s’arrête pas là et de nombreuses évolutions sont planifiées :

  • L’intégration d’Avalanche en tant qu’algorithme de pré-consensus qui apporterait une confirmation quasi-instantanée des transactions. Avalanche pourrait aussi être utilisé en post-consensus contre les attaques des 51 %.
  • Un nouveau format de transaction, dont le meilleur candidat est pour l’instant Mitra. Ce format de transaction permettrait à Bitcoin Cash d’approcher la programmabilité d’Ethereum et rendrait possible le fonctionnement d’organisations autonomes décentralisées (DAO) par exemple.
  • L’implémentation de satoshis divisibles, permettant de conserver la précision de l’unité de compte malgré la hausse de la valeur.
  • Un meilleur protocole de transmission des blocs tel que Graphene ou Xthinner.
  • D’autres améliorations pour le passage à l’échelle comme les arbres Merklix et l’engagement des UTXO.

Pour intégrer toutes ces fonctionnalités, Bitcoin Cash se repose sur des modifications non rétrocompatibles du protocole, aussi connues sous le nom de hard forks. Cela veut dire qu’à chaque mise à niveau, les nœuds n’ayant pas modifié leur logiciel en conséquence se voient exclus du réseau, ce qui est un point négatif. Néanmoins, cette méthode de mise à niveau permet de garder les choses simples au sein du protocole : en effet, contrairement au soft fork (rétrocompatible) qui ajoute de la complexité, le hard fork permet d’instaurer un changement de la manière la plus directe possible. Ainsi, la dette technique est maintenue plutôt basse par rapport à quelque chose comme SegWit par exemple, ce qui est crucial dans le cas d’un système économique gérant plusieurs milliards de dollars.

Au-delà du protocole en lui-même, des améliorations ont également lieu grâce à de multiples projets comme le Simple Ledger Protocol qui permet de créer et d’échanger des jetons sur la chaîne de Bitcoin Cash, ou les Cash Accounts qui offrent des adresses lisibles par l’homme sur la chaîne (du type ludoviclars#20043). Parmi les divers projets en application, on se doit aussi de citer CashShuffle et le plus récent CashFusion qui donnent aux utilisateurs la possibilité de mélanger leurs pièces de BCH pour les rendre moins traçables, et ceci sans passer par un intermédiaire. Si ces procédés de confidentialité peuvent aussi être mis en place sur Bitcoin-BTC, les frais faibles et prévisibles de Bitcoin Cash permettent aux mélanges d’avoir lieu de manière automatique et peu coûteuse au sein d’un portefeuille ordinaire comme Electron Cash.

Ensuite, une autre force de Bitcoin Cash est son modèle économique sur le long terme. Comme on le sait, dans Bitcoin et Bitcoin Cash, la rémunération des mineurs provient encore principalement de la création monétaire, qui est réduite de moitié tous les quatre ans et qui devrait donc être progressivement remplacée par les frais de transaction. En restreignant fortement sa capacité transactionnelle, Bitcoin a choisi de faire reposer sa sécurité sur la supposition que les frais seront répartis entre un nombre réduit de transactions. À l’inverse, dans Bitcoin Cash il est prévu que beaucoup de transactions paient chacune peu de frais pour arriver au même résultat. Ainsi, n’en déplaise aux maximalistes du bitcoin, le modèle économique de Bitcoin Cash est bien plus sain car il repose sur un nombre plus important d’acteurs indépendants pour payer pour la sécurité du réseau. À terme, la résistance à l’inflation de Bitcoin Cash (assurée socialement) pourrait même être supérieure à celle de Bitcoin, puisqu’il y aurait alors moins de pression à créer de nouvelles unités.

Enfin, et c’est l’un des points les plus positifs à propos de Bitcoin Cash, son protocole possède une gouvernance plus décentralisée que bon nombre d’autres projets. Même si Bitcoin ABC reste de facto l’implémentation de référence suivie par la majorité des coopératives de minage et des plateformes d’échange, Bitcoin Cash repose sur des implémentation multiples qui ont chacune un mot à dire et une possibilité de diverger. La plus influente d’entre elles, Bitcoin Unlimited, représente même une sorte de contre-pouvoir à Bitcoin ABC, en ayant sa philosophie propre et en étant utilisée par quasiment la moitié des nœuds du réseau. Les autres logiciels de nœud complet sont bchd (maintenu principalement par Chris Pacia et Josh Ellithorpe), Bitcoin Verde (maintenu par Joshua Green et son équipe) et Flowee The Hub (maintenu par Thomas Zander).

 

Répartition nœuds Bitcoin Cash BCH février 2020

 

De même, il existe une diversité aux sein des meneurs idéologiques de la communauté et, contrairement à ce que beaucoup trop de gens imaginent, Roger Ver n’est pas le seul à avoir une influence sur le protocole. La communauté n’est ainsi pas exempte de conflits, comme les désaccords plus ou moins tranchés à propos de la protection contre la réorganisation, de la limite des transactions chaînées non confirmées ou (plus récemment) du plan de financement impliquant une redirection de 12,5 % de la récompense de bloc vers les développeurs.

 

…et ses faiblesses

Les éléments que nous venons d’évoquer font de Bitcoin Cash l’un des protocoles de cryptomonnaie les plus intéressants et les plus prometteurs de l’écosystème. En revanche, en dépit de ces forces, il possède également son lot de faiblesses qui, comme on va le voir, sont loin d’être négligeables. Selon moi, Bitcoin Cash est beaucoup critiqué à tort, mais il faut reconnaître qu’il possède des défauts majeurs qui font que certains rechignent à s’y impliquer financièrement ou humainement.

La première faiblesse de Bitcoin Cash est son instabilité. En effet, le programme de mise à niveau semestrielle fait que les règles de consensus changent régulièrement, et qu’il est difficile pour les entrepreneurs, les investisseurs et les autres acteurs de l’industrie de prévoir avec précision à quoi Bitcoin Cash ressemblera un an plus tard. Il s’agit d’un très gros inconvénient par rapport à son grand frère Bitcoin qui garantit une certaine constance : à titre d’exemple, nombre de partisans de BTC achètent des nano-ordinateurs Raspberry Pi et les utilisent comme nœuds complets parce qu’ils savent que la capacité transactionnelle de la chaîne ne sera pas augmentée de sitôt. Bitcoin Cash est donc, comme je l’ai déjà affirmé, un projet risqué.

De plus, cette instabilité favorise les conflits au sein de la communauté. L’exemple le plus parlant est sans doute la création de Bitcoin SV qui a eu lieu lors de la mise à niveau du 15 novembre 2018 : à mon avis, sans l’existence de ce changement perpétuel, Bitcoin SV n’aurait pas eu l’importance qu’il a eu.

Cependant, cette instabilité est le prix à payer pour pouvoir évoluer convenablement vers un système monétaire à part entière : en supposant que Bitcoin Cash survive, les bienfaits apportés par les changements mis en place pourraient bien surpasser les désagréments rencontrés sur le court terme. En outre, au fil du temps et avec le développement de l’économie autour de Bitcoin Cash, le protocole est voué lui aussi à s’ossifier : les mises à niveau se feront alors de plus en plus rares, et seront de moins en moins risquées.

La deuxième faiblesse de Bitcoin Cash, qui est en partie une conséquence de la première, est le prix de son unité de compte qui représente (à l’heure où je parle) environ 4 % du prix du bitcoin. Cela est un problème car Bitcoin et Bitcoin Cash partagent le même algorithme de minage (SHA-256), ce qui fait que les mineurs peuvent utiliser leurs machines sur une chaîne ou l’autre selon leur préférence. Par conséquent, puisque les mineurs vont vers ce qui est le plus profitable, la puissance de calcul derrière Bitcoin Cash représente aussi 4 % de celle derrière Bitcoin (4 EH/s pour 100 EH/s). Et cela impacte sévèrement la résistance à la censure du protocole : en effet, la faiblesse du taux de hachage de Bitcoin Cash fait que les grandes coopératives de minage gèrent une puissance de calcul suffisante pour attaquer le réseau par elles-mêmes. Bien qu’elles n’aient pas forcément d’intérêt à le faire (notamment si la puissance de calcul n’est pas la leur), le fait qu’elles aient la possibilité de le faire est très inquiétant et rend Bitcoin Cash vulnérable aux attaques des 51 %.

 

Répartition taux de hachage Bitcoin Cash BCH février 2020

 

Une illustration de cette possibilité est l’incident qui a eu lieu le 15 mai 2019, lors de la mise à niveau qui activait les signatures de Schnorr et qui autorisait la dépense des fonds envoyés par mégarde sur des adresses SegWit (adresses anyone-can-spend du point de vue de Bitcoin Cash). Un mineur inconnu mal intentionné a tenté de s’emparer de ces fonds au sein du bloc 582 698 au lieu de les allouer à leurs réels propriétaires, mais les autres coopératives de minage (BTC.TOP, BTC.com) n’ont pas laissé passer cela en invalidant les blocs minés et en minant leur propre chaîne (plus longue). Certains ont qualifié cela d’attaque des 51 %, mais selon moi ce n’était pas une attaque puisqu’il était compliqué d’intégrer un changement faisant respecter cette règle (Bitcoin Cash n’a pas à interpréter SegWit) et que la communauté était quasi-unanimement en accord avec ce qui a été fait. Cependant, cela en dit long sur l’étendue du problème.

Bien heureusement, un remède partiel contre les attaques des 51 % est appliqué depuis novembre 2018 : Bitcoin ABC implémente en effet une protection contre la réorganisation profonde qui empêche toute réorganisation de la chaîne de plus de 10 blocs. Cette protection fait que toute transaction ayant plus de 10 confirmations est considérée comme finale, ce qui permet typiquement aux plateformes d’échange d’accepter les dépôts de BCH en toute sérénité. Néanmoins, cette mesure brise le principe de la chaîne longue et représente donc un compromis. Elle pose notamment le problème conceptuel de la subjectivité faible (un nouveau nœud qui se synchronise avec le réseau peut être trompé par un attaquant en suivant la chaîne la plus longue et pas la chaîne considérée comme valide par le reste du réseau) dont on doit se préoccuper. Quoi qu’il en soit, la protection contre la réorganisation est une mesure d’urgence nécessaire même si elle ne résout pas tout, et pourra à l’avenir être désactivée si le prix du BCH remonte au niveau de celui du BTC ou si l’algorithme Avalanche est implémenté.

Enfin, la troisième faiblesse principale de Bitcoin Cash est son effet de réseau qui reste bien moins grand que celui de Bitcoin. Ce dernier dispose en effet d’un avantage non négligeable et qui, s’il parvenait à passer correctement à l’échelle, condamnerait Bitcoin Cash à subir la dure loi de la concurrence. Toutefois, comme je l’ai expliqué dans mon article contre le maximalisme, Bitcoin-BTC a ses problèmes propres et je suis plutôt sceptique sur sa capacité à s’adapter à la demande par l’intermédiaire du réseau Lightning ou des chaînes latérales. C’est pourquoi je pense que Bitcoin Cash continuera à exister aux côtés de son grand frère pour les années à venir.

 

Le passage à l’échelle sur la chaîne est-il viable ?

Comme nous l’avons vu, la différence principale entre Bitcoin Cash et Bitcoin est la méthode privilégiée pour passer à l’échelle : contrairement à Bitcoin, Bitcoin Cash a pour objectif de passer à l’échelle sur la chaîne, par le biais de l’augmentation progressive de la taille limite des blocs telle que l’imaginait Satoshi Nakamoto4. Ce moyen est élégant et simple, ce qui constraste avec la complexité d’une solution comme le réseau Lightning. Ainsi, la taille limite des blocs est passée de 1 à 8 Mo le 1er août 2017, et de 8 à 32 Mo le 15 mai 2018, ce qui fait que Bitcoin Cash peut aujourd’hui théoriquement traiter 244 transactions par seconde. Comme indiqué sur la feuille de route, ce seuil pourra devenir à la longue un seuil adaptable qui se baserait sur l’activité de la chaîne et n’aurait plus à être modifié manuellement par des mises à niveau4.

Naturellement, ce plan a toujours provoqué le doute parmi les personnes les plus sceptiques, et on peut légitimement se demander si cette méthode de passage à l’échelle est possible et jusqu’à quel point. Regardons donc cela plus en détail.

Tout d’abord, précisons que le projet Bitcoin Cash est censé se développer sur plusieurs décennies, et qu’il ne faut pas trop se formaliser de la taille d’un téraoctet indiquée sur la feuille de route. Cette taille représente la capacité nécessaire pour que 10 milliards d’êtres humains puissent effectuer 50 transactions par jour, c’est-à-dire une adoption généralisée du bitcoin cash dans le monde. De plus, il est précisé que cette croissance doit être déterminée par le marché (« market-driven growth ») ce qui signifie qu’elle n’aura pas lieu s’il n’y a pas une réelle demande qui fasse augmenter le prix, et qui accroisse par conséquent les moyens financiers des différentes équipes en charge d’améliorer l’infrastructure logicielle et matérielle du système.

L’objectif n’est pas en soi de produire de gros blocs, mais de pouvoir le faire en gardant une décentralisation suffisante du réseau. Le mot « décentralisation » est un mot vague mais nous comprenons que le réseau est « suffisamment décentralisé » lorsqu’il est capable de résister aux différentes attaques qui peuvent être faites à son encontre, et en particulier aux attaques des États. Une façon de mesurer la décentralisation est le nombre de nœuds du réseau, qui dépend du coût individuel pour faire fonctionner un nœud : en effet, plus un nœud est coûteux à entretenir du point de vue du stockage, de la bande passante et de la capacité de traitement, moins il y a d’opérateurs sur le réseau. Toutefois, cette métrique est plutôt simpliste et d’autres paramètres rentrent en jeu comme la qualité de cette décentralisation6 ou le nombre total d’utilisateurs7.

De cette manière, bien qu’elle fasse des compromis, la communauté de Bitcoin Cash considère la décentralisation du réseau comme une qualité à ne pas trop négliger et s’oppose fermement à Bitcoin SV, dont le but semble être d’écrire tout sur la chaîne et de faire en sorte qu’un nombre réduit d’acteurs puisse faire tourner un nœud.

Ensuite, nous pouvons nous demander si nous n’avons pas déjà atteint un point critique avec Bitcoin-BTC et qu’il ne faudrait pas conserver une petite taille des blocs. Afin de déterminer s’il était possible ou non d’augmenter la capacité transactionnelle en préservant une décentralisation suffisante, divers tests ont été réalisés :

  • En octobre 2017, Bitcoin Unlimited a mis en place un réseau de test appelé le Gigablock Testnet sur lequel des blocs d’un gigaoctet ont pu se propager.
  • En juin 2018, une étude menée conjointement par le groupe Dash Core et l’Université d’État de l’Arizona a prouvé que le protocole Dash (qui veut aussi passer à l’échelle on-chain) pouvait traiter aisément des blocs de 10 Mo toutes les 2,5 minutes, soit environ 295 transactions par seconde.
  • Le 1er septembre 2018, un stress test financé par la communauté a eu lieu sur le réseau de Bitcoin Cash : ce ne sont pas moins de 2,1 millions de transactions qui ont été traitées pendant la journée, et ceci sans augmentation des frais ni complication majeure malgré des blocs pouvant peser jusqu’à 15 Mo.

Bien entendu, il existe tout un tas de problèmes qu’il faudra corriger avant que le réseau ait la chance de monter en charge, mais ces essais montrent bien qu’il est au moins envisageable d’augmenter la taille limite des blocs de plusieurs ordres de magnitude sans trop impacter la décentralisation du réseau.

Enfin, il reste à savoir jusqu’où peut aller ce passage à l’échelle : en effet, requérir que le réseau pair-à-pair traite des blocs d’un téroctet toutes les dix minutes semble être une idée complètement délirante. Seul l’avenir nous le dira, mais il est possible que le progrès technologique permette, au cours du XIXème, de considérablement augmenter les ressources informatiques disponibles pour les individus. C’était d’ailleurs tout l’esprit de la loi de Moore, une conjecture du XXème observant que le nombre de transistors dans un circuit intégré dense doublait chaque année, qui est par ailleurs citée par Satoshi Nakamoto dans le livre blanc de Bitcoin.

En toute honnêteté, je ne sais pas si ce passage à l’échelle sur la chaîne est faisable et quel effet il aurait sur le réseau. Il s’agit plus pour moi d’un acte de foi qu’une démarche entièrement rationnelle, tous les projets crypto-économiques étant de toute manière des expérimentations. Il est évident que les choses doivent rester limitées, mais le niveau où placer cette limite est une vaste question, à laquelle (à ma connaissance) personne n’a jamais apporté de réponse totalement satisfaisante. Heureusement, le passage à l’échelle pourra toujours se faire de manière hybride selon l’avancement du développement des solutions de seconde couche : la communauté de Bitcoin Cash n’est pas opposée dans l’absolu au réseau Lightning et aux chaînes latérales, même si elle considère que l’accroissement de l’activité sur la chaîne est une priorité.

 

Conclusion

Ainsi, Bitcoin Cash est l’incarnation de la gouvernance décentralisée de Bitcoin : il est le produit d’un débat sur la scalabilité qui ne s’est jamais résolu. Il puise ses forces dans l’histoire de Bitcoin, ce qui explique toute la passion qui l’entoure. J’aime Bitcoin Cash à cause de la vision claire de ce qu’il veut devenir : un argent liquide électronique décentralisé facile à utiliser et accessible à tous. J’aime Bitcoin Cash à cause de la communauté qui porte cet objectif dans son cœur. J’aime Bitcoin Cash à cause de sa capacité à évoluer pour que cette vision se réalise.

À ceux qui pensent que Bitcoin Cash fait fausse route et détériore l’image de Bitcoin, je dirai que son existence a au moins le mérite de rendre service à Bitcoin en attirant les individus qui pensent que l’augmentation de la taille des blocs est la voie à suivre et en faisant un travail d’adoption des commerçants qui bénéficie à toutes les cryptomonnaies. De plus, je préciserai que le fait de soutenir Bitcoin Cash ne signifie pas pour moi que je suis fermé aux autres modèles. Il faut reconnaître que Bitcoin a un effet de réseau et une stabilité exemplaires qui font de lui un point stable dans l’écosystème, et qu’il existe aussi des protocoles comme Ethereum ou Tezos qui possèdent un conception différente et qui permettent de faire des choses qui ne sont pas vraiment possibles sur Bitcoin Cash.

L’avenir est incertain dans l’écosystème des cryptomonnaies et il n’est pas impossible que Bitcoin Cash disparaisse à un moment ou un autre, du fait d’une énième querelle interne ou de la concurrence d’une autre cryptomonnaie. Néanmoins, la vie est une prise de risque et l’instabilité qui le caractérise actuellement pourrait bien être sa plus grande force sur le long terme. C’est pourquoi je lui prédis une brillante destinée.

 


Notes

1. Certaines personnes considèrent que les mineurs se sont opposés à SegWit parce que cette mise à niveau annulait les effets de l’ASICBoost, une technique brevetée qui permettrait d’augmenter l’efficacité du minage de 20 % et que certains mineurs utiliseraient en secret. Bitmain a toujours nié cette allégation.

2. Dans la transaction de récompense du « bloc d’exode » de Bitcoin Cash (478 559), on trouve d’ailleurs un message de bienvenue pour Shuya Yang, la fille de Haipo Yang, le PDG de ViaBTC :

Welcome to the world, Shuya Yang!

3. Le 3 novembre 2008, en réponse à l’objection de James A. Donald selon laquelle le système ne passait pas correctement à l’échelle, Satoshi Nakamoto a déclaré :

Long before the network gets anywhere near as large as that, it would be safe for users to use Simplified Payment Verification (section 8) to check for double spending, which only requires having the chain of block headers, or about 12KB per day. Only people trying to create new coins would need to run network nodes. At first, most users would run network nodes, but as the network grows beyond a certain point, it would be left more and more to specialists with server farms of specialized hardware. A server farm would only need to have one node on the network and the rest of the LAN connects with that one node.

The bandwidth might not be as prohibitive as you think. A typical transaction would be about 400 bytes (ECC is nicely compact). Each transaction has to be broadcast twice, so lets say 1KB per transaction. Visa processed 37 billion transactions in FY2008, or an average of 100 million transactions per day. That many transactions would take 100GB of bandwidth, or the size of 12 DVD or 2 HD quality movies, or about $18 worth of bandwidth at current prices.

If the network were to get that big, it would take several years, and by then, sending 2 HD movies over the Internet would probably not seem like a big deal.

4. Même après avoir implémenté une taille limite des blocs de 1 Mo, Satoshi Nakamoto a toujours envisagé de l’augmenter, comme le prouve son message du 4 octobre 2010 sur le forum Bitcointalk :

It can be phased in, like:

if (blocknumber > 115000)
    maxblocksize = largerlimit

It can start being in versions way ahead, so by the time it reaches that block number and goes into effect, the older versions that don’t have it are already obsolete.

When we’re near the cutoff block number, I can put an alert to old versions to make sure they know they have to upgrade.

5. L’idée d’une taille limite des blocs adaptable n’est pas nouvelle et se retrouve dans le « Consensus Émergent » de Bitcoin Unlimited ainsi que dans le nom de Bitcoin ABC, ABC signifiant « Adjustable Blocksize Cap ». Une ébauche de BIP a été écrite par Imaginary Username.

6. On comprend qu’il y a un problème si les nœuds se situent géogaphiquement au même endroit, s’ils passent par le même FAI, ou pire, s’ils sont tous hébergés sur AWS. Voir l’entrevue entre Naomi Brockwell et Josh Ellithorpe à ce sujet pour un éclairage plus complet.

7. À capacité transactionnelle égale, un réseau qui sert 10 millions de personnes est plus utile qu’un réseau qui sert 10 000 personnes, ce qui incite les gros opérateurs (coopératives de minage, plateformes d’échange, portefeuilles, applications, etc.) à entretenir un nœud.


Sources

Satoshi Nakamoto, Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System, 31 octobre 2008.
Daniel Morgan, The Great Bitcoin Scaling Debate — A Timeline, 3 décembre 2017.
Joannes Vermorel, Terabyte blocks for Bitcoin Cash, 17 décembre 2017.
Jonathan Toomim, An incomplete history of the Bitcoin Cash’s origin and the Minimum Viable Fork project, 1er juin 2019.
Haipo Yang, The Story behind Bitcoin Fork, 26 août 2019.
Joannes Vermorel, On choosing the right block size for Bitcoin, 17 septembre 2019.
The Bitcoin Cash Roadmap

Je suis fasciné par les cryptomonnaies et par l'impact qu'elles pourraient avoir sur nos vies. De formation scientifique, je m'attache à décrire leur fonctionnement technique de la façon la plus fidèle possible.

8 Responses

  • Emi

    Un article un peu à contre courant !! Ca fait plaisir 🙂 Bravo

    Répondre
    • Ludovic Lars

      Merci ! Effectivement cet article est un peu à contre courant, surtout en France où Bitcoin Cash est particulièrement mal aimé.

      Répondre
  • Excellent article, clair et précis comme d’habitude. C’est toujours une bouffée d’air frais que d’échapper au psittacisme maximaliste dominant. 😉

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    • Ludovic Lars

      Merci beaucoup !

      Répondre
  • Tu as été payé pour faire la promotion d’un scam ?

    Répondre
    • Ludovic Lars

      Bravo pour la finesse de ton commentaire !

      Répondre
      • Tu compares Bitcoin (l’unique pas les copies sans R&D derrière), bcash et les autres fork ne font que copier. Change ton titre d’article, y’a un seul bitcoin, le coin dont tu parles c’est bcash.

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        • Ludovic Lars

          ???

          Répondre

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